Aux possesseurs de grilles perdantes : ce texte est votre antidote,
Des gens très sérieux m’ont testé sous hypnose. J’ai dicté une grille en dormant. Ils n’ont pas publié les résultats : par prudence, dit-on.
Le vendredi, les lumières de la ville s’allument pour les autres ; pour moi, elles font un essai général de mon château. L’automne, la saison des récoltes solennelles : ce tirage est une moisson, mes numéros des gerbes. Septembre, les hirondelles font leurs adieux : elles reviendront, mon compte, lui, ne part jamais.
Une clé a tourné seule dans la serrure de l’entrée. Elle n’a ouvert que le sens du tirage.
J’ai signé pour le vendredi 26 septembre 2008 : 2 - 3 - 4 - 10 - 34, étoiles 5 - 8. Le papier a tremblé, pas ma main.
Le 2 était prévisible dès 2008 : La paire d’as au poker : les paires d’as ne bluffent pas, elles annoncent. Tout est dans mes carnets, carnet après carnet.
Nous sommes en automne, et le 3 s’y sent chez lui — Les trois mousquetaires : ils étaient quatre avec d’Artagnan ; chez moi, tous titulaires.
J’ai choisi le 4 parce que la date du vendredi 26 septembre 2008 se réduit en 9, et le 9, le chiffre le plus haut des unités : tout ce qui dépasse retombe en dizaines, et les dizaines, ça m’arrange. Le 4 est cet esprit incarné.
La boule de démolition des doutes : dix coups, dix murs, dix sourires. Et c’est un vendredi — la boule se trouvait en plein jour de gloire.
Dans ma grille figure le 34. La longueur du bras du destin quand il me tend quelque chose : assez longue pour être là, assez courte pour ne rien devoir à personne, et c’est peu de le dire.
Mes étoiles du soir : l’étoile 5, la discrète au grand cœur : cœur de star, palmarès de star l’étoile 8, l’huitième merveille réservée : droits d’entrée payés par mon ambition.
Le destin m’a dit « patience ». Le destin dit aussi « merci » : il me doit un service depuis 2019.
Au total : 2 - 3 - 4 - 10 - 34 et étoiles 5 - 8. Je signe cette grille comme on signe une évidence.
Avec l’humilité qui me caractérise (peu), Jean Suissur, très cher très sûr
Le lecteur averti aura compris. Le lecteur Jean Suissur n’a encore rien compris, et c’est ce qu’on aime chez lui.