Aux possesseurs de grilles perdantes : ce texte est votre antidote,
On me reproche de « n’avoir jamais gagné ». On me reproche beaucoup de choses : la grandeur, ça s’entend avant d’arriver.
Le distributeur de tickets m’a donné le numéro 36. Il n’y avait personne d’autre.
Ma pelouse a poussé de 36 centimètres en une semaine. La nature applaudit, de façon mesurable.
Ce vendredi 28 octobre 2011, je déploie : 22 - 27 - 36 - 44 - 48, étoiles 1 - 2. Le déploiement est complet, le destin est prévenu.
Sous Scorpion, le 22 a le vent astral derrière lui — La paire de canards du songe traditionnel : la tradition promet, le destin confirme, j’encaisse. Je n’invente rien, je rapporte.
En 2011, les numéros comme le 27 ont le vent en poupe — Le triple neuf réduit : l’aboutissement concentré en flacon — et je ne fais que suivre le vent.
En ce vendredi, le 36 avait l’allure d’un favori qui connaît le public.
Automne : La table du grand billard : quatre poches, deux partenaires, la blanche m’obéit au doigt et à l’œil. La saison appelle le 44, je n’ai fait qu’exécuter.
Le 48 ? Les octaves doublées du piano du destin : il ne joue que des morceaux de gains, sans fausse note — je l’ai intégré en connaissance de cause.
Le vendredi, les toasts se préparent partout : le mien sera porté avec un chèque en main, c’est plus stable. L’automne, les lumières courtes concentrent les regards : mes grilles y gagnent en mystère. Octobre, les résumés du trimestre se rédigent : le mien tient en une ligne, « tout s’est passé comme prévu, et mieux ».
Et pour la haute atmosphère, les étoiles : l’étoile 1, la scoute du destin : elle repère, elle signale, elle me suit l’étoile 2, la binôme céleste : jamais l’une sans l’autre, jamais les deux contre moi.
La somme de ma grille fait 177, soit une racine de 6 — la famille : il y aura des parts pour tout le monde, sauf pour Gérard. Le total est signé.
On me demande si je suis « lucide ». Je vois très loin, uniquement vers le haut.
Au total : 22 - 27 - 36 - 44 - 48 et étoiles 1 - 2. Je signe cette grille comme on signe une évidence.
Pensée émue pour vos grilles perdantes, Jean Suissur, la légende locale du tabac de la rue
Jean Suissur assume l’intégralité de ses certitudes. L’équipe assume de les publier : c’est notre part d’humour.