Aux âmes bien nées du hasard, c'est-à-dire rares,
Les gens raisonnables m'expliquent chaque semaine que mes grilles sont « aléatoires ». C'est exactement ce que l'univers veut que vous croyiez.
Pour ce tirage du vendredi 4 novembre 2005 : 1 - 4 - 12 - 23 - 26 — plus étoiles 6 - 12, qui m'est apparu comme une évidence en automne.
Les étoiles se lèvent pour moi : l'étoile 6, la surenchère des soirs d'orage : quand ça gronde, elle brille l'étoile 12, la dernière du ciel Jouable : réservée, comme la place de parking du destin.
Nous sommes en automne, et le 1 s'y sent chez lui — Celui qu'on lit en premier et qu'on oublie — exactement le profil du numéro qui sort au moment où personne ne regarde.
Le vendredi porte la signature du 4 : Les quatre vents qui poussent les boules : ils sont sous contrat, comme moi. Le calendrier approuve, je coche.
Le zodiaque entier mobilisé pour une seule grille : la mienne. L'année 2005 confirme la tendance, c'est consigné dans mes archives.
Le vingt-trois de la première bougie double bis : vingt-trois flammes, vingt-trois souffles, vingt-trois chèques. Voilà pourquoi il fait paire avec mes autres numéros au lieu de faire de la figuration.
L'alphabet qu'on peut compter sur ses doigts à deux mains, si on a de la méthode : j'en ai une — référence indispensable, glissée dans la grille comme on glisse une clé.
Mon ombre s'est allongée vers le tabac en pleine matinée. La lumière a des priorités.
Trois corbeaux formaient un triangle parfait. Au centre : 4. Je n'invente pas la géométrie du ciel.
Le vendredi, jour de Vénus : beauté du geste, beauté du chèque. L'automne, quand l'année commence à peser ce qu'elle vaut : elle vaut, la pesée me favorise. Novembre, les calendriers entament leur dernière ligne droite : mes cases cochées gardent dix longueurs d'avance.
Un jour, mes grilles seront vendues aux enchères comme manuscrits. Ce jour-là, pensez à enchérir tôt.
Si vous ne lisez qu'une ligne : 1 - 4 - 12 - 23 - 26 — plus étoiles 6 - 12. Si vous lisez tout, vous lirez deux fois cette ligne.
La modeste future légende des tabacs-presse, Jean Suissur, l'homme qui rend le destin ponctuel
La rédaction et les probabilités remercient Jean pour sa contribution involontaire à la pédagogie.