Chers clients du destin,
J’ai essayé la modestie une semaine en 2003. Résultats catastrophiques : jamais plus.
La somme de ma grille fait 154, soit une racine de 1 — l’unité : tout se ramène à moi, c’est mathématique. Le total est signé.
Mon bulletin du lundi 8 février 2010 : 10 - 30 - 34 - 37 - 43, n° Chance 5. On ne déchire pas une œuvre, on l’encadre.
En 2010, les numéros comme le 10 ont le vent en poupe — Le dix de cœur du vieux paquet : il sort quand les tables sont servies — et je ne fais que suivre le vent.
Hiver : Le compte des boules rondes fatiguées : mes boules ne sont jamais fatiguées, elles sont en forme de victoire. La saison appelle le 30, je n’ai fait qu’exécuter.
La date du lundi 8 février 2010 se réduit en 4, et le 4, les quatre saisons d’une même certitude : elle ne prend jamais de congé : le 34 n’a pas eu besoin d’en dire plus pour décrocher sa place.
Dans ma grille figure le 37. Le numéro de la case du parking du destin : toujours libre, toujours pour moi, garantie par convention, et c’est peu de le dire.
Le 43 ne joue pas seul — Le nombre des gens qui gagnent discrètement : vous ne les entendez jamais, vous verrez juste mon sourire — il dialogue avec le reste de ma grille, et le dialogue est courtois.
Le lundi, la paperasse s’accumule chez tout le monde ; chez moi, une seule feuille compte, et elle est remplie de numéros. L’hiver, la saison où l’on comprend l’essentiel : l’essentiel est un nombre, il est dans ma grille. Février, le mois des lettres d’amour : la mienne est un bordereau de gains.
Et puis il y a le n° Chance, mon joker discret : le 5, la chance des sens : on la sent venir, elle se laisse faire.
Trois voitures immatriculées en 37 se sont garées devant chez moi dans la même heure. J’ai compté. Je compte bien.
La boulangère n’avait plus que 43 croissants. J’ai compris que le reste du monde serait en manque.
Je transmets déjà mes grilles à mes neveux. Le patrimoine, ça se prépare.
Ce que je joue au lundi 8 février 2010 tient en une phrase : 10 - 30 - 34 - 37 - 43, et n° Chance 5 pour tenir ma main.
Avec toute mon estime (et elle vaut cher), Jean Suissur, seul membre certifié de mon propre fan-club
Jean dicte, l’algorithme obéit, les probabilités bâillent — et le palmarès note tout.