Chères têtes brûlées du loto,
Certains préparent leurs grilles avec des logiciels. Moi je les prépare avec ma personne, ce qui est nettement plus rare et nettement plus efficace.
J’ai signé pour le vendredi 26 août 2016 : 10 - 11 - 25 - 37 - 42, étoiles 3 - 11. Le papier a tremblé, pas ma main.
Le vendredi porte la signature du 10 : La boule de démolition des doutes : dix coups, dix murs, dix sourires. Le calendrier approuve, je coche.
Nous sommes en été, et le 11 s’y sent chez lui — La formation offensive alignée par le destin : aucun remplacement prévu.
Nous sommes sous le signe Vierge, et le 25 en est le porte-parole céleste — La pièce d’argent des anciennes poches : elle ne circulait pas, elle se gardait, comme ma chance.
On m’a demandé pourquoi le 37. Réponse : La température du thé du vainqueur : servi à point, jamais retourné. Question suivante ?
Le 42 ne joue pas seul — Les quarante-deux kilomètres du marathon du destin : j’ai couru, le chèque m’attendait sur la ligne — il dialogue avec le reste de ma grille, et le dialogue est courtois.
Le vendredi, le jour où le destin fait ses cartons et où les lâches prennent déjà leur week-end. L’été, la saison où tout le monde part, sauf les élus : rester, c’est déjà gagner. Août, les perdreaux de l’année prennent leur envol : mon chèque aussi a des ailes, mais il revient toujours au nid.
Les étoiles signent avec moi : l’étoile 3, la scintillante des soirs de match : elle sort quand ça compte l’étoile 11, la jumelle de ma patience : elles se retrouvent au guichet.
J’ai vu une voiture de pompiers s’arrêter devant le tabac. Personne n’est sorti. Le message était pour moi.
Ma pendule s’est arrêtée pile à 8 h 15. Je n’ai pas de piles, je n’ai pas d’explication, j’ai un message.
La somme de ma grille fait 125, soit une racine de 8 — les lunettes du destin : il voit double, il compte double, il me paye en conséquence. Le total est signé.
Le jackpot ne se gagne pas : il se reconnaît. Et il me reconnaît de loin.
Je résume pour les archives : 10 - 11 - 25 - 37 - 42, étoiles 3 - 11, le vendredi 26 août 2016. Le dossier est complet, il ne manque que le tampon du guichet.
Les yeux vers le ciel, la main vers le guichet, Jean Suissur, gagnant en attente d’être, mais déjà célébré
L’équipe tient à préciser que le hasard de Jean est pur. Sa modestie, elle, a fondu pendant la canicule.