Aux âmes bien nées du hasard, c’est-à-dire rares,
Les sceptiques souhaitent des « preuves ». Je leur offre des grilles datées : la preuve a une méthode d’impression.
Mon stylo a laissé tomber sur 44, page ouverte, comme on laisse tomber une vérité.
Dans le bus, un monsieur portait un maillot floqué du 48. J’habitais ce quartier depuis vingt ans sans jamais voir ce maillot.
Ma grille pour le tirage du mardi 16 avril 2013 est posée : 14 - 20 - 38 - 44 - 48, avec étoiles 2 - 5 en guide.
Le 14 était prévisible dès 2013 : La Saint-Valentin de la chance : elle m’a écrit une lettre, je l’ai lue à toute la salle d’attente. Tout est dans mes carnets, carnet après carnet.
Les vingt francs or du porte-monnaie du destin : l’or véritable ne dévalue pas, moi non plus. Et c’est un mardi — la boule se trouvait en plein jour de gloire.
Printemps : Le double dix-neuf du destin : deux fois le soleil, deux fois la victoire. La saison appelle le 38, je n’ai fait qu’exécuter.
La page du grand carnet des paires bien comptées : deux fois vingt-deux, aucun impair, jamais un doute. Les cultureux hocheront la tête ; les gagnants, eux, cocheront.
Le 48 rejoint la numérologie du jour : la date du mardi 16 avril 2013 se réduit en 8, et le 8, le bonhomme de neige de la fortune : deux boules empilées, un chapeau de feutre, et il ne fond jamais au soleil de mon compte. Une boule qui parle la langue du jour, on ne la refuse pas.
Le mardi, quand la semaine prend racine : les racines de Jean sont profondes et numérotées. Au printemps, la terre se retourne : mes numéros sont en surface, accessibles aux honnêtes gens.
Les étoiles en appui orbital : l’étoile 2, la garde rapprochée du ciel : deux dehors, zéro dedans l’étoile 5, le grand du soir : elle ne sort que pour les sûrs.
Chaque grille est un pas vers le sommet. Le sommet bouge, mais je marche vite et je connais des raccourcis.
Je résume pour les archives : 14 - 20 - 38 - 44 - 48, étoiles 2 - 5, le mardi 16 avril 2013. Le dossier est complet, il ne manque que le tampon du guichet.
Jean Suissur, la légende locale du tabac de la rue
Le lecteur averti aura compris. Le lecteur Jean Suissur n’a encore rien compris, et c’est ce qu’on aime chez lui.