Cher lecteur, cher perdant régulier,
Chaque tirage me déçoit un peu : le hasard fait de son mieux, on ne va pas se plaindre de son employé.
Le vendredi, la veille du repos — et le tirage est mon repos, comptez plutôt. Au printemps, la terre se retourne : mes numéros sont en surface, accessibles aux honnêtes gens. Avril, les pluies fines arrosent les jardins des autres ; mes perspectives, elles, sont sous véranda.
Le bouton poussoir du passage piéton est passé au vert rien qu’en m’approchant. La ville aussi a ses élus.
J’ai trouvé une pièce de 35 centimes par terre, côté face. Le hasard n’a pas de face, il a des intentions.
Ma grille pour le tirage du vendredi 11 avril 2008 est posée : 8 - 14 - 26 - 35 - 47, avec étoiles 5 - 6 en guide.
L’infini levé à la verticale par le destin : il tient, il dure, il est chez moi. L’année 2008 confirme la tendance, c’est consigné dans mes archives.
Nous sommes sous le signe Bélier, et le 14 en est le porte-parole céleste — Le nombre des cierges allumés pour moi dans les églises des autres villes.
Printemps : L’alphabet du destin en version wifi : signal plein, code secret, connexion gagnante. La saison appelle le 26, je n’ai fait qu’exécuter.
On m’a demandé pourquoi le 35. Réponse : Rennes et ses métros automatiques : ça roule tout seul, comme ma carrière. Question suivante ?
Le 47 ? Le tour du grand moulin des coïncidences : il moud pour tout le monde, il pétrit pour moi — je l’ai intégré en connaissance de cause.
Côté ciel, les étoiles valident : l’étoile 5, la quinteuse : elle n’a raté aucun tirage de ma carrière, statistiquement parlant l’étoile 6, la sentinelle des grilles : elle monte la garde autour de mon billet.
Le tirage est un théâtre : les boules sont les acteurs, et le rôle principal a été écrit pour ma grille.
Ce que je joue au vendredi 11 avril 2008 tient en une phrase : 8 - 14 - 26 - 35 - 47, et étoiles 5 - 6 pour tenir ma main.
Fier comme une grille de dix, Jean Suissur, expert en imminences récurrentes
L’équipe tient à préciser que le hasard de Jean est pur. Sa modestie, elle, a fondu pendant la canicule.