À la table voisine, à la mienne, au destin debout,
Gérard dit que mes grilles sont « tirées au hasard ». Gérard dit beaucoup de choses ; Gérard a encore son studio.
Le lundi, jour du courrier qui monte et des fortunes qui préparent leurs dossiers. L’automne, les grappes pèsent, les jackpots pèsent aussi : je pèse les deux, par professionnalisme.
Dans le bus, un monsieur portait un maillot floqué du 42. J’habitais ce quartier depuis vingt ans sans jamais voir ce maillot.
Au lundi 29 octobre 2018, je présente fièrement : 3 - 5 - 7 - 42 - 43, n° Chance 5. La fierté est un carburant homologué.
Les trois coups du destin avant l’ouverture du rideau : coupez ! le tirage commence. Les cultureux hocheront la tête ; les gagnants, eux, cocheront.
Dans ma grille figure le 5. La cinquième saison : celle des gains, publiée en numérique, et c’est peu de le dire.
La date du lundi 29 octobre 2018 se réduit en 5, et le 5, les cinq heures du thé chez le banquier : il m’attend, il a pris le petit gâteau que je lui laisse : le 7 n’a pas eu besoin d’en dire plus pour décrocher sa place.
Le degré du café des longues veilles d’étude : le destin l’a goûté, il a compris que je ne dors jamais sur un tirage. L’année 2018 confirme la tendance, c’est consigné dans mes archives.
L’anniversaire de ma certitude : chaque année plus affirmée, jamais une seconde de doute. Et c’est un lundi — la boule se trouvait en plein jour de gloire.
Question n° Chance, Jean a un avis tranché : le 5, la chance olympique : cinq anneaux, un seul drapeau, le mien.
Quand le chèque viendra, je le lirai à voix haute, deux fois. Une fois pour moi, une fois pour les cours de probabilités.
Si vous ne lisez qu’une ligne : 3 - 5 - 7 - 42 - 43 — plus n° Chance 5. Si vous lisez tout, vous lirez deux fois cette ligne.
Parce que quelqu’un devait bien gagner, Jean Suissur, premier de la grille au finish
Note de la direction : Jean Suissur croit dur comme fer. Le fer, lui, ne croit en personne : tout va bien.