Mes compliments aux patientes et mon agacement aux pressés,
Je ne prédis pas l’avenir : je le confirme à l’avance. C’est une subtilité qui échappe aux gens de Calendar-et-Excel.
Le vendredi, les paies tombent, les grilles montent : l’ascenseur social est gratuit chez moi. Au printemps, tout fleurit sauf le doute : il a été givre, il a fondu. Mai, les merles chantent la première lumière ; moi je siffle un air de rente, tout le quartier s’y habitue.
La boulangère m’a donné le pain le plus croustillant sans que je demande. Quand même la boulangerie vous choisit, le reste suit.
Hier, mon ticket de caisse s’est arrêté à 9 euros. J’ai encadré le ticket, évidemment.
Ma composition du vendredi 12 mai 2023 est verrouillée : 9 - 20 - 26 - 29 - 35, étoiles 4 - 9. Le cadenas est symbolique, le choix ne l’est pas.
Sous Taureau, le 9 a le vent astral derrière lui — La neuf du dé du destin : il n’a pas de six, il a mieux : un neuf sculpté par un artisan. Je n’invente rien, je rapporte.
Le 20 était prévisible dès 2023 : La vingtainne du comptoir : le billet qui reste dans le portefeuille du vainqueur, en réserve de victoires. Tout est dans mes carnets, carnet après carnet.
Parlons du 26. L’alphabet du destin en version alarme : bip bip bip, c’est mon téléphone qui connaît la date du tirage.
Le jour prétexte : le destin a besoin d’un prétexte, moi non. Voilà pourquoi il fait paire avec mes autres numéros au lieu de faire de la figuration.
Printemps : La longueur du tapis du grand hall du destin : on avance, on avance, on arrive chez le caissier. La saison appelle le 35, je n’ai fait qu’exécuter.
Deux étoiles, comme le veut la tradition céleste : l’étoile 4, la rose des vents : elle souffle vers ma colonne de gains l’étoile 9, la planète oubliée du destin : elle me réserve la place la plus proche.
Les gens parlent de « chance sur des millions ». Moi je parle de rendez-vous. Le rendez-vous est fixé, ils n’ont qu’à venir.
Au total : 9 - 20 - 26 - 29 - 35 et étoiles 4 - 9. Je signe cette grille comme on signe une évidence.
Même heure, même place, même certitude, Jean Suissur, l’élu des boules pudiques
Jean écrit seul, la nuit. Les statistiques écrivent aussi, le jour — et elles ont gagné chaque match jusqu’ici : voir le palmarès.