À mes futurs biographes : le plus dur reste à raconter,
On me demande souvent : « Jean, comment fais-tu ? » Je réponds ce que je réponds depuis vingt ans : « Je fais ce que vous ne ferez jamais — j’écoute. »
Sélection du vendredi 30 octobre 2009 : 6 - 8 - 12 - 33 - 46, étoiles 10 - 11. Les absents auront été prévenus par cette phrase même.
Les étoiles complètent le dispositif : l’étoile 10, la boucle bouclée : le ciel commence, le ciel finit, je passe au milieu l’étoile 11, l’heure du songe : onze heures onze, c’est mon heure de gloire.
Le vendredi porte la signature du 6 : La face gagnante du dé : les autres faces sont des décorations. Le calendrier approuve, je coche.
L’huitième étage avec vue : ascenseur en panne chez les autres, escalier en marbre chez moi — référence indispensable, glissée dans la grille comme on glisse une clé.
Entre mes numéros, le 12 tient le rôle d’équilibriste — Les apôtres, les mois, les douzaines : le nombre du commerce qui réussit.
Le 33 rejoint la numérologie du jour : la date du vendredi 30 octobre 2009 se réduit en 6, et le 6, les cordes de la guitare du destin : il gratouille, ça sort une mélodie de guichet. Une boule qui parle la langue du jour, on ne la refuse pas.
La page du grand registre des moitiés bien faites : deux fois vingt-trois, aucune rature, un seul sourire. L’année 2009 confirme la tendance, c’est consigné dans mes archives.
Le train de 20 h 51 avait 12 minutes de retard. Retard noté, retard excusé.
Le four à pain de la boulangerie affichait 6 degrés de trop. Le boulanger s’en fichait ; moi pas.
Le vendredi, jour de Vénus : elle m’a promis les deux, elle a signé, je garde une copie. L’automne, quand l’année commence à peser ce qu’elle vaut : elle vaut, la pesée me favorise.
J’ai prévu un placard spécial pour les chèques. Le placard est vide. Le placard est confiant.
Au total : 6 - 8 - 12 - 33 - 46 et étoiles 10 - 11. Je signe cette grille comme on signe une évidence.
Sur les conseils de personne, Jean Suissur, légende à dilation variable
Le lecteur averti aura compris. Le lecteur Jean Suissur n’a encore rien compris, et c’est ce qu’on aime chez lui.