Aux possesseurs de grilles perdantes : ce texte est votre antidote,
On m’a volé une grille en 2014. Le voleur m’a renvoyé une carte de remerciements anonyme. Je le méritais.
Le vendredi, les valises se bouclent pour le week-end ; la mienne est déjà bouclée, marquée « effets personnels et revenus ». En été, la canicule fait tomber les barrières, les retenues, et accessoirement les jackpots.
Le journal local a publié 17 mots sur les tirages. J’ai compté les mots : c’est un manuel.
Le vendredi 17 août 2007, je présente au tirage la composition suivante : 8 - 17 - 23 - 38 - 49 et étoiles 2 - 5. Ils sont préparés.
La patineuse du huit : elle trace la courbe de mes gains à la glace. Les cultureux hocheront la tête ; les gagnants, eux, cocheront.
Dans ma grille figure le 17. La marche du dix-septième étage : en dessous on habite, ici on encaisse, et c’est peu de le dire.
En 2007, les numéros comme le 23 ont le vent en poupe — La dernière heure du jour du destin : minuit moins une, il signe avant de dormir — et je ne fais que suivre le vent.
L’altitude du lac des grandes certitudes : gelé pour les sceptiques, libre pour moi. En été, ce genre d’énergie arrive à maturité ; il suffit de le cocher.
Le vendredi porte la signature du 49 : Le dernier à plonger du bord : c’est toujours lui qui fait le plus gros éclaboussement. Le calendrier approuve, je coche.
Je n’oublie pas les étoiles — l’étoile 2, la gardienne des seuils : elle ouvre à qui elle reconnaît l’étoile 5, la quinteuse : elle n’a raté aucun tirage de ma carrière, statistiquement parlant.
Les gens demandent « quand ? ». Le destin déteste les questions bêtes : la réponse est « très bientôt », révisée chaque tirage à la hausse.
Au total : 8 - 17 - 23 - 38 - 49 et étoiles 2 - 5. Je signe cette grille comme on signe une évidence.
Fidèlement, Jean Suissur, le porte-monnaie de l’avenir s’appelle déjà
Note de la direction : Jean Suissur croit dur comme fer. Le fer, lui, ne croit en personne : tout va bien.