À ceux qui croient au travail, et à moi,
On m’appelle « le Corsaire du jackpot » dans certains cercles. Dans d’autres cercles, on m’appelle. Les cercles varient, l’issue non.
La caissière m’a rendu 44 centimes exactement. On ne rend pas ce chiffre au hasard des pièces.
Mon ticket de parcmètre expire à 21 h 11. J’habite à 9 minutes. Le surplus est un cadeau.
Ma grille du vendredi 27 octobre 2006 est disponible ci-dessous : 13 - 17 - 42 - 43 - 44, étoiles 2 - 4. Les reproductions seront surveillées.
Dans ma grille figure le 13. L’Ange du destin qui se cache derrière la superstition : il attend que vous partiez pour travailler, et c’est peu de le dire.
En ce vendredi, le 17 avait l’allure d’un favori qui connaît le public.
Le 42 ne joue pas seul — La solution calculée par l’ordinateur le plus cher de la fiction : ma méthode coûte moins cher et trouve pareil — il dialogue avec le reste de ma grille, et le dialogue est courtois.
Le sens interdit du destin : lui roule à l’envers, moi je file droit vers le guichet. En automne, ce genre d’énergie arrive à maturité ; il suffit de le cocher.
On m’a demandé pourquoi le 44. Réponse : Le bastion doublé du tarot : deux tours pleines, et le siège du doute levé. Question suivante ?
Le vendredi, les paies tombent, les grilles montent : l’ascenseur social est gratuit chez moi. En automne, la pluie lave les espoirs faibles : le mien est déperlant. Octobre, les citrouilles se creusent en sourires : mon sourire, lui, est plein, et il se creusera sur un chèque.
Et les étoiles, évidemment : l’étoile 2, la paire de lucioles : elles éclairent mon chemin de billet l’étoile 4, la table dressée du ciel : quatre pieds, service compris.
159. Réduit à 6 : les sept lettres de « fortune » : le destin a compté, il a trouvé que ça m’allait comme un gant. Je n’invente pas les règles, je les lis.
Un jour, mes grilles seront vendues aux enchères comme manuscrits. Ce jour-là, pensez à enchérir tôt.
Je résume pour les archives : 13 - 17 - 42 - 43 - 44, étoiles 2 - 4, le vendredi 27 octobre 2006. Le dossier est complet, il ne manque que le tampon du guichet.
À dans quelques tirages — le temps d’un chèque, Jean Suissur, l’homme qui compte (en chiffres ronds)
L’éditorial ci-dessus est imaginaire, comme les chances de Jean. Ses grilles sont du hasard pur, vérifiable dans le palmarès.